Des livres de cuisine




La cuisine monastique

Voici, à la suite d'une agréable discussion au réfectoire, et à  la demande de ma directrice bien aimée, Martine Cresta, des références un peu inhabituelles, encore que le moine soit furieusement tendance, ces temps-ci. Pourquoi la cuisine du monastère ? Pas d'inquiétude, tout d'abord : je suis terriblement gourmande, et si je vous dis que c'est bon, vous pouvez me croire. Je pourrais me contenter de prétendre que les bons livres de cuisine végétarienne sont rares, que je ne veux pas de zen macrobiotique, et qu'on peut vouloir garder la ligne sans manger des bouchons de liège marinant dans une sauce brunâtre. Les ouvrages qui suivent vous réapprendront à faire la soupe, à varier vos salades, à agrémenter vos plats de légumes, d'herbes et d'épices. Cela vaut la peine de passer sur la surprise ou l'irritation, selon les jours, que l'on ressent à découvrir une "salade de saint Joseph", un "riz pilaf de la Transfiguration" (authentique !), une "soupe de sainte Marie l'Egyptienne"… Le frère Victor-Antoine raconte plaisamment avoir découvert au cours d'un repas réunissant pourtant des catholiques que personne n'avait compris que les noms correspondaient aux fêtes religieuses où on servait les mets :  tous croyaient que les saints avaient inventé chacun une recette ! Il fallait vraiment être un moine pour ne pas rigoler…
Le frère Victor-Antoine d'Avila Latourette, moine bénédictin d'origine française, vit aux Etats-Unis, et publie ses livres de recettes pour bâtir une petite abbaye. Le monastère-restaurant accueille les visiteurs avec un bol de soupe, recycle  les aliments jetés par le supermarché proche, vit sur le potager…pourquoi tous ces détails édifiants ? A cause, peut-être, de l'anecdote suivante; j'ai lu, je ne sais plus où il y a trois ans, qu'un restaurant londonien s'était spécialisé dans les repas de traders fêtant un bonus exceptionnel. Aucune gastronomie, mais un seul souci : faire un menu le plus cher possible. On dînait donc d'une tranche de bœuf de Kobé (bovidé japonais élevé avec mille soins) et de pommes de terre à la je ne sais trop quoi, arrosée non de grands crus (pas assez chers…sic!) mais…d'eaux minérales rares, d'Australie et d'ailleurs, plus chères que les vins les plus rares. Vous avez bien lu : un bifteck frites arrosé de flotte, dont on avait réussi à gonfler le coût au delà de toute expression. Le jour où la bêtise humaine servira de carburant, nous pourrrons envisager sans crainte la fin du pétrole.
Le crack de 2008 nous a fait découvrir le personnage du trader, doté d'une capacité de nuisance que nous ne soupçonnions pas, et dont la vulgarité est peut-être le plus grand bonus. Par contraste, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la sympathie pour des hommes humbles et sans violence, qui prient obstinément pour une humanité dont on peut se demander si elle en vaut la peine, et qui savent se réjouir d'un savoureux potage aux lentilles (allez voir aux Recettes) plutôt que d'une eau minérale hors de prix. Ces ouvrages tournent le dos à beaucoup de livres de cuisine d'aujourd'hui, qui cherchent peu ou prou à nous faire croire que nous faisons partie des puissants de ce monde — au moins le temps de la lecture; ici, tant par les produits que par la simplicité d'exécution, on a affaire à une sorte de gastronomie humble. En conclusion, le frère Victor-Antoine d'Avila-Latourette a l'air d'un excellent homme, ses ouvrages sont d'une lecture très agréable, et si ses prières valent ses soupes, je ne plains pas le  Bon Dieu !



Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin


Si vous n'en achetez qu'un, ce sera celui là. L'auteur le considère comme le plus achevé, et le plus facile d'exécution— et c'est vrai que c'est inratable. Un principe de présentation simple par types de plats (Soupes, Oeufs, Légumes, Pains, Desserts…), mais avec index, regroupement par saisons, suggestions de menus — constitue un ensemble très commode. A chaque recette correspond une maxime spirituelle. La chère est presque opulente, puisqu'il  y a même des recettes de poisson ! Je recommande particulièrement les Spaghettis saveur citron, les Pleurotes aux épinards (parfaits avec un poisson), la délicieuse Salade d'endives, pommes  et céleri, et avec le thé, le Pain d'avoine  laudate. Mais  franchement, tout est bon.
Dernière minute : je viens  de confectionner  la Brioche du monastère : c'est à se damner !






Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin



Le classement par légume manque peut-être un peu d'âme (un comble pour un moine !), mais il facilite considérablement la cuisine ménagère du   marché : on n'est jamais à cours d'idées pour accomoder les premières tomates ou les derniers brocolis. Pas de maximes de  piété, mais une évocation, de légume en légumes, du potager du monastère, de sa place dans la vie de la collectivité et même dans la liturgie.

"Il faut cultiver notre jardin …" disait Candide. Pour ceux d'entre vous qui ont la chance d' avoir un potager, le plan qui figure à la fin peut donner de bonnes idées. Et le chapitre des conserves est formidable.







Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin





Le classement par saisons est très agréable et vivant. C'est l'ouvrage que j'ai le moins pratiqué jusqu'à présent, mais je me promets de douces joies d'hiver avec la Salade de mangue piquante, et d'autres qui tournent autour de l'ananas, du raisin, ou plus simplement du chou, de l'endive, du brocoli, de l'épinard…










Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin



Il a  été un best-seller. Ce n'est pas par hasard : la soupe est au cœur de la tradition monastique, et le frère Victor-Antoine a manifestement mis dans cet ouvrage beaucoup de lui-même. Comme dans nombre de cultures traditionnelles, la soupe suppose ici convivialité, accueil, et partage. La Soupe  au fenouil, aux courgettes et aux tomates a ensoleillé mon déjeuner d'anniversaire (il y avait quand même une côte de bœuf pour suivre…). Vous apprendrez vite les 3 ou 4 trucs qui permettent d'améliorer considérablement la saveur d'une soupe, et vous vous lancerez. Une bonne soupe avec du pain maison permet de faire reculer bien des mélancolies…






Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin


Et voilà mon préféré. Le plus personnel, le plus composé, et celui dont les recettes sont les plus délectables.  Un vrai grand livre de cuisine ne donne pas seulement des recettes : il communique un rêve. Ici, c'est celui d'une vie monastique communautaire riche , fervente, bousculée — alors que dans la réalité, le frère Victor Antoine est seul dans son abbaye, vidée par la crise des vocations. Ce livre est une utopie, et en cela, profondément moderne. Il se donne à lire et à relire selon des parcours multiples : index par produits, par recettes mais aussi chapitres par périodes du calendrier liturgiques superposées au magnifique déroulement des saisons dans la nature américaine…Entrons dans le rêve du frère Victor Antoine, et souhaitons lui de le prolonger le plus lontemps possible à Notre Dame de la Résurrection.













Et pour faire un peu plus sa connaissance, un site :



Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin
Our Lady of Resurrection
 


et un film :


Frère Victor Antoine d'Avila Latourette Our Lady of Resurrection Cuisine monastique Monastère bénédictin
The last place, by Joseph Baum.










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