Evénements et anniversaires.


Décembre 2013
RR

Non, ce n'est pas un cri d'alarme concernant la didactique de l'orthographe. Notre Saulchoir abandonné est squatté à présent par des caravanes, comme en témoigne cette photo, prise par une étudiante de M1 à l'occasion d'un cours d'EPS.
Les Roms sont ceux dont notre société a fait les derniers des hommes. Il n'y a même plus aujourd'hui une étable à leur ouvrir…réjouissons nous qu'ils aient au moins trouvé un vieux monastère !
Je me souviens de la phrase de Michel Caillard concernant « un jardinier[du dix-septième siècle] et père de cinq enfants dont les cris, les rires et les jeux durent résonner dans le parc. ». C'est un réconfort de penser que notre lamentable transfert a abouti à ce que des enfants courent de nouveau sous nos beaux arbres, et près du Ru des Hauldres. Je pense même qu'ils arriveront un de ces quatre matins à se faufiler, et à galoper dans nos grands couloirs…
Les Roms d'Etiolles nous souhaitent un joyeux Noël et une bonne année 2014.

Octobre 2013
A notre jeunesse !

Leonarda Dibrani, collégienne rom de 15 ans, a été expulsée avec sa famille vers le Kosovo. Elle a été remise à la police le 9 octobre lors d'une sortie scolaire dans le Doubs.

Elle était scolarisée au collège André Malraux. André Malraux, qui a accueilli Jean Moulin au Panthéon.

Les professeurs de ce collège ont ameuté l'opinion par un billet rédigé en commun avec ceux du lycée Toussaint Louverture, où était scolarisée la soeur ainée, Maria. Toussaint Louverture, qui disait au moment où on l'a expulsé de son pays, Haïti, vers la France : « En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ».

La police a fait arrêter le car scolaire sur le parking du collège Lucie Aubrac. Lucie Aubrac : la résistante absolue.

Le lendemain, jeudi 10 octobre, dans les lycées Charlemagne, Maurice Ravel, Hélène Boucher, Sophie Germain, Alphonse Daudet, Robert de Luzarches, Frédéric Mistral, Turgot, Voltaire (Voltaire !) — et des dizaines d'autres à travers la France, les lycéens arrêtent les cours, descendent dans la rue, et crient leur indignation, leur colère et leur solidarité.

Aux grand hommes, la patrie reconnaissante.
A notre jeunesse, qui vient de sauver notre honneur, ma reconnaissance !
 




Juin 2013
Libérez nos camarades !

Il n'avait aucune mauvaise intention, selon ses dires. Porté par son indignation dans une manifestation interdite, il a vu débouler les flics et a paniqué. Course poursuite, interpellation musclée, imputation de rébellion, et, comme il y a récidive, deux mois fermes et une lourde amende…l'accablement d'un gamin dégrisé, la consternation de la famille, l'angoisse face à l'épreuve cruelle de l'incarcération…

Je parle, bien sûr, de Nicolas Bernard Buss, 23 ans, militant anti-mariage homosexuel et cadre fondateur du mouvement des "veilleurs", condamné mercredi 19 juin par la 16e chambre correctionnelle de Paris à quatre mois de prison dont deux avec sursis, pour rébellion et fourniture d'une identité imaginaire, et à une amende de 1 000 euros pour refus de prélèvement de son ADN et de ses empreintes, condamnation assortie d'un mandat de dépôt ?

Non. Il s'appelait Pablo, Mohammed ou Boubakar. C'était en 2005, où les banlieues s'étaient embrasées pendant 3 semaines. Jean Lambert, brillant philosophe qui a fréquenté un moment notre établissement, avait eu un mot fulgurant pour décrire ce mouvement : « On n'y voit pas très clair, dans votre démocratie ! Allumons une voiture ! »

Ce n'était pas pour dégradation de biens que comparaissaient Pablo, Mohammed, Boubakar et les autres ; mais pour présence interdite sur la voie publique (c'était le couvre-feu), refus d'obtempérer, rébellion , fourniture d'identité imaginaire…et surtout récidive, fréquente…Je revois ces gamins poussés vigoureusement par les policiers au tribunal d'Evry, ma ville (pour eux, c'était filmé, et non flouté), avec le regard apeuré de tous les prévenus du monde, et les mois fermes tombaient comme à Gravelotte. Rien de nouveau sous le soleil, donc…Si, tout de même : une différence de taille. Personne, absolument personne n'y a trouvé quoique ce soit à redire, n'a ajouté la moindre foi à leurs protestations d'innocence, n'a évoqué leur droit à l'indignation face à la vie qui leur était faite…Ils étaient basanés ou noirs, mal habillés, mal éduqués. L'écho de leur condamnation unanime continue à résonner aujourd'hui : "Prison pour la racaille, pas pour Nicolas !" , « CRS en banlieue ! »…Tout est dit. Tout le monde, absolument tout le monde a trouvé qu'il était bon que l'ordre républicain s'applique avec la dernière rigueur, que le mouvement s'arrête enfin, même à gauche…même à gauche.

Alors aujourd'hui que le droit à s'indigner, à s'insurger, devient une évidence jusque dans les paroisses et les permanences UMP, aujourd'hui qu'on s'avise de croire sur parole un gamin qui clame son innocence et sa bonne foi, aujourd'hui qu'on s'alarme de la sévérité contre la jeunesse, j'ai envie de pousser (avec 8 ans de retard, à ma honte) pour les Pablo, Mohammed et Boubakar de 2005, le vieux cri de nos jeunes années : libérez nos camarades !



Avril 2013
Adoption du Mariage pour Tous !

et je vous joins ici ma modeste contribution cybermilitante…

[
Hors d'état de défiler, et disposant, hélas, de bien peu de pétitions à signer, j'ai passé une partie de l'hiver à m'engueuler avec des croisés de l'anthropologie occidentale sur divers blogs. Un échange a été particulièrement mouvementé, un peu avant la grande manif du 13 janvier. Sur un blog catholique, celui de Koztoujours, une jeune femme, Fanny, homosexuelle vivant en couple et maman d'un petit garçon conçu par insémination, et (c'est bien son droit) catholique convaincue, a tenté de se faire entendre pendant des jours — ou plutôt d'obtenir une parole fraternelle; en vain, faut-il le dire… J'en avais moi-même fort gros sur la patate, en tant que maman adoptive, et parce que j'appartiens à une génération que le catholicisme a constituée, pour le meilleur et pour le pire. Nous n'imaginions pas il y a six mois que le pire pouvait aller aussi loin… Bref, j'ai pris ma plume pour écrire une lettre à cette jeune femme, Fanny, sans probablement même avoir été lue d'elle (j'ai découvert sur un blog du Nouvel Obs qu'au bord de craquer, elle avait coupé tous les ponts avant : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/757964-mariage-pour-tous-je-suis-homo-et-mere-mais-j-abandonne-le-combat.html. De toutes façons, les messages de fraternité ne lui ont pas manqué; et ce qu'elle attendait, c'est un mot de ses frères en religion…)
Je vous reproduis ma bafouille; autant qu'elle soit lue par des gens de cœur — ma chère Brigitte se reconnaîtra au passage. Je vous donne également ici (http://www.koztoujours.fr/etre-la-pour-lenfant-reponse-a-francois-de-rugy) le moyen de voir les réactions que cette lettre  a suscitées, et d'une manière générale, la teneur du débat…
Si vous jetez un coup d'œil au bas de cette page, vous y découvrirez un billet sur le même sujet, datant de 2010, où je me permettais de moquer un peu les Texans et leurs préjugés. Je présente aux lecteurs texans de ce blog (probablement peu nombreux) mes plus plates excuses : depuis, la France a donné au monde le spectacle de la Manif pour Tous…]

Ma chère Fanny,

laissez moi vous dire tout d’abord que votre énergie, votre humour, votre vaillance dans la controverse, votre inaltérable bonne humeur me laissent personnellement très bien augurer de votre vie de maman. Je connais des gens comme vous : le fait d’être tombé très tôt dans cette potion magique qu’est la résilience en fait des chargés de famille du tonnerre de Dieu! Mais dans vos vœux (elle souhaitait une bonne manif à ses interlocuteurs)
que vous êtes donc gentille…Je suis pour ma part dotée d’un naturel moins généreux. Moi qui suis hétérosexuelle, mariée et mère de deux enfants adoptés, je vais vous parler un peu de mes états d’âme après ces six mois de débat sur le mariage pour tous (ça va vous passionner !). Je partirai de la lecture d’un propos (il y en a eu tant !) qui m’a fait un effet tout particulier. Lucetta Scaraffia, dans un article intitulé « Témoignage chrétien » et le débat sur les unions homosexuelles : Le mariage n’est pas un contrat quelconque » (18 décembre 2012, sur le site de l’Osservatore Romano), a écrit très exactement ceci : « celui qui écrit [un chrétien favorable au mariage pour tous] ne pense pas au destin des enfants destinés à l’adoption de couples homosexuels, déjà privés une fois de leurs parents, puis contraints à vivre dans une situation qui ne leur offre même pas le simulacre d’une famille normale. » J’ai à ce moment de ma lecture posé les yeux sur mes enfants, sur mon « simulacre de famille normale »…J’ai, le lendemain, déjeuné avec une amie, douée d’autant de cœur que d’intelligence, et qui s’est ingéniée, en dédramatisant, à me tirer de ma maussaderie. Je lui ai alors récité la phrase, que je ne vais pas oublier de sitôt. Elle a pâli, a suspendu sa cuiller au dessus de son dessert et a dit : « Il y a vraiment des gens qui sont capables d’écrire des choses comme ça ?  » Oui, il y en a. Je l’atteste. Je suis une bien petite nature, penserez-vous… Vous à qui quelqu’un, sur ce blog (celui de Koztoujours), a pu dire : « J’espère que votre fils ne vous reprochera jamais de ne pas avoir de père… » Inutile de nommer l’auteur : il n’est pas en cause. Personne, absolument personne n’a réagi. C’est dire que tout le monde, absolument tout le monde, a souscrit. Je sais ce qu’aurait dit mon amie : « Il y a donc des gens qui sont capable de dire ça à une mère ? » Oui, il y en a. Je l’atteste. Dire cela à une mère…à une mère comme la leur, comme celle de leurs enfants…d’où vient cette incapacité, à voir en tout homme ou femme le semblable, celui à qui on ne doit pas faire ce qu’on ne veut pas subir soi-même ? Tout cela pour vous dire, Fanny, que votre offense est la mienne — est la nôtre, à nous tous qui, de présence ou de cœur (ma santé ne me permet plus de défiler), étaient dans la rue le 16 décembre et y retourneront le 27 janvier. Manifestations inutiles? La loi va passer, personne n’en doute. Mais là, dans la rue, nous étions, nous serons ensemble : tous, persuadés qu’il n’y a qu’une sexualité comme il n’y a qu’une humanité, tous assez épris d’égalité pour ressentir en nous les blessures qu’on vous fait. Je sais, Fanny, que la journée du 13 janvier sera une douleur, malgré votre courage, votre crânerie. Projetez vous donc dans l’avenir proche : la loi va passer, ce sera bientôt le temps des premières jonquilles, des premières fraises — et le temps des noces ! J’attends avec impatience les premières images de ces mariages : celles d’êtres comme vous, jeunes, au début de la vie; et, plus touchantes peut-être, des plus âgés, des invisibles, qui viendront célébrer une vie entière de compagnonnage, avec leur famille et leurs amis…J’attends ces images par tendresse humaine, et comme une revanche pour ces six mois de gifles et de boue. Et pour ceux qui défileront le 13 janvier ? Il restera le dépit d’un échec qui en sera de moins en moins un au fur et à mesure que le temps passera, comme pour le Pacs…le souvenir d’une effervescence qu’ils ne comprendront plus eux-même…Rien de plus ? Si, malheureusement : l’obligation de vivre face à leur conscience, à leurs contemporains, aux générations qui viennent (je n’ose, moi, leur parler de leurs enfants) avec ce qu’ils auront dit, ou pire, laissé dire. Il est aisé de prévoir que ce sera tout sauf facile.
 Alors, finalement, comme vous, Fanny, je leur souhaite de bien profiter de leur journée du 13 janvier.





Février 2011
Mardi 22 février. C'est le bain de sang en Libye. Un mémorial en ligne a été ouvert pour que les victimes échappent autant que possible à l'anonymat :


Janvier 2011
Je regarde en direct aujourd'hui  28 janvier les manifestations du Caire. Le gouvernement en place a coupé le pays du monde. Quelques photos et vidéos échappent à la censure. Je vous mets en ligne, en hommage au monde arabe qui va peut-être ouvrir le Printemps des Peuples du XXIème siècle, ces témoignages de courage. Ils nous rappellent, à nous Français, qui avons donné il y a deux siècles la Révolution à l'Europe, combien c'est terrible  et beau, un peuple qui sort de la peur.

http://totallycoolpix.com/2011/01/the-egypt-protests/

http://www.flickr.com/photos/gutjahr/sets/72157625813654091/show/

Je vous recommande aussi ce blog, d'une résidente française au Caire, que je trouve fort bien écrit, et qui raconte la révolution vue du cœur de la population :  


Décembre 2010
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Des Hommes et des Dieux
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Evénement cinématographique qui me semble mériter de prendre place au coin citoyen…Plus de trois millions d'entrées pour un film sans effets spéciaux, sans violence, sans rires enregistrés : pourquoi ? Plus d'un spectateur a rêvé , sans doute,  de régler ses problèmes de cholestérol et de stress dans un lieu préservé; Lambert Wilson est aussi le genre de moine qu'on trousserait avec plaisir (les âmes pieuses me pardonneront cette boutade;  l'atmosphère  saint-sulpicienne qui entoure ce film superbe commence à me peser). Mais je crois que la clé est ailleurs : dans le même élan un peu aveugle et tatônnant qui  a précipité le public vers Bienvenue chez les Ch'tis (autre irrévérence, pardon…) — un élan citoyen.
Xavier Beauvois est natif du Pas de Calais (un bon point pour lui), et il vient du documentaire; cinéaste agnostique, il a illustré, de son propre aveu, le troisième terme de la devise républicaine.
Il m'a semblé, en voyant Des Hommes et des Dieux, qu'on aurait pu changer le titre pour Fraternité, mode d'emploi (moins porteur, je le concède). Pas d'au-delà dans cette histoire, paradoxalement : l'ici et maintenant de la condition humaine, identique pour le croyant et l'incroyant, pour l'acteur, le  metteur en scène — et le spectateur. Nul ne dispose de quelque certitude, de quelque savoir qui le rende supérieur à autrui. Mais la fraternité s'impose à tous dans sa réalité exigeante. La fraternité, c'est à dire la proximité : le monastère et le village sont dans le même espace, matériel, symbolique et social, et c'est ainsi que tout commence. On ne peut mieux dire que la partition du territoire en ghettos sociaux rend tout commerce humain décent impossible. La fraternité, c'est à dire l'égalité : égalité de condition matérielle avec les plus pauvres, égalité revendiquée des fois et des traditions; voir le frère Christian  fermer les yeux pour suivre, avec une confiance d'enfant,  la prière de l'imam est le plus beau démenti possible  à un hypothétique conflit des civilisations. Egalité aussi entre les frères : "Nous ne t'avons pas élu pour que tu décides seul" dit le vieil Amédée à son prieur. Que celui qui a des oreilles entende…
La fraternité, c'est l'accueil de l'Autre, avec son héritage culturel — ce qui n'est rien à accomplir  — et avec son fardeau de misère, ce qui est tout, car nous sommes provoqués alors à ce que nous redoutons par dessus tout, la solidarité et le partage. Pas  de fraternité sans souci du corps du semblable, sans remède tenté à son désarroi, à son angoisse.
La fraternité est un chemin : une scène nous en donne la parabole. La vieille voiture du monastère tombe en panne au milieu des montagnes de l'Atlas, et des femmes s'approchent —  Autres en tant que femmes pour ces hommes chastes, et en tant que musulmanes pour ces chrétiens. Elles n'entendent rien à la mécanique. Mais après quelques phrases de conversation cordiale, les moines trouvent le moyen de réparer la panne, et ils iront cette fois jusqu'au bout de la route.
Jusqu'où ?  La fraternité est résistance, maintien du pas gagné dans un monde (le nôtre)  non pas indifférent, mais résolument et efficacement hostile.
Il serait, pourtant, je crois, de mauvaise pédagogie  de ne tracer ici que le martyr comme horizon. Nous avons encore en France la chance incroyable   sans sortir de chez nous, sans risquer d'errer ou de malfaire, et sans danger aucun, de pouvoir soigner le malade, secourir le vieillard, instruire l'enfant, aider l'infirme; cette chance a nom République. C'est elle qu'il importe de défendre et de préserver aujourd'hui, c'est d'elle que nous parle en fin de compte ce film magnifique. Alors à tous, Joyeux Noël — salut, et fraternité !
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Pour ceux qui ont manqué le film à la rentrée,  la sortie du DVD est prévue pour le 13 février.

Novembre 2010
TylerBurns


Les tristes élections de mi-novembre m'ont donné l'envie d'inaugurer cette page par une histoire américaine, autour de deux visages, celui de Tyler Clementi (photo de gauche) et de Joël Burns (photo de droite). Tyler Clementi est mort à dix-huit ans, le 22 septembre 2010, dans le New Jersey.  C'était un garçon timide et réservé, très doué pour la musique, et qui pouvait espérer devenir un grand violoniste. Il pouvait surtout espérer avoir toute la vie devant lui. Mais un soir de septembre, il a demandé à son colocataire, un étudiant comme lui, de lui prêter sa chambre pour la soirée. L'autre a compris tout de suite qu'il s'agissait d'un rendez vous amoureux avec un jeune homme; il a branché sa web cam, et a balancé la vidéo sur le web. Quand il a compris que son intimité allait faire durablement la joie de la Toile, Tyler Clementi s'est jeté du haut d'un pont.
Le mardi 12 octobre 2010, Joël Burns, jeune élu de la petite ville de Fort Worth, Texas, prend la parole au conseil municipal. La vidéo réalisée à cette occasion a aussi fait le tour du monde. Il est à noter que Joël Burns sait, puiqu'il y vit, que Fort Worth est une ville extrêmement texane, et que son quotidien va se ressentir de son initiative.
Je vous joins l'adresse web : http://www.youtube.com/watch?v=ax96cghOnY4
Les premières minutes sont consacrées à un mémorial, celui de cinq  adolescents de 13 à 15 ans, que leur entourage a poussé au suicide pour une homosexualité réelle ou supposée_ quelques uns, avec Tyler Clementi, parmi ceux qui se sont donnés la mort depuis le début de l'année. Ces premières minutes, presque insoutenables, découragent la traduction. Celle ci est d'ailleurs inutile : on ne comprend que trop bien. Pour la suite, un internaute a proposé  une version que j'ai purgée de quelques anglicismes un peu incongrus . Voici ce que dit Joël  Burns : 
"Quand j’avais 13 ans, j’étais un adolescent mince et maladroit, ayant eu une croissance rapide, mes propres pieds me faisaient trébucher…
J’étais fils d’une pianiste d’une église méthodiste, nommée Jeannette, et d’un cowboy appelé, par coïncidence, Butch (viril), à Crowley, au Texas.
En tant que leur fils et en tant qu’enfant dans un petit village, il existait une certaine image de la personne je croyais devoir être. Mais en arrivant à l’adolescence, j’ai commencé à avoir des sentiments que je ne comprenais pas… et que je ne pouvais pas expliquer. Mais je savais qu’ils n’étaient pas du tout conforme à cette image de qui j’étais censé être.
J’étais un garçon sensible mais aimable, je faisais de la musique, j’ai joué au basketball mais pas très bien…on me charriait comme tous les enfants mais j’étais confiant et je ne m’en souciais pas trop.
Un jour, quand j’étais en troisième…et que je venais d’intégrer le lycée de Crowley, j'ai été coincé après les cours par une bande d’enfants plus âgés que moi, qui m’ont tabassé. Ils m’ont dit que j’étais pédé, et que je n’avais qu’à mourir et aller en enfer car c'est là où je devrais être.
Cela a fait ressurgir la peur que j’avais au fond de moi. Que ce que je ressentais en moi devait commencer à se voir à l'extérieur. Humilié, confus, je suis rentré à la maison.
"Il y a sans doute quelque chose qui n’est vraiment pas normal chez moi," je me suis dit. "Quelque chose dont je ne pourrai JAMAIS parler, ni avec ma famille, ni avec personne."

(Longue pause)

Je pense que je vais avoir trop de mal à lire les quelques phrases suivantes que j’ai écrites. Et…aussi…
Je veux pas…je ne veux pas que ma mère ou mon père subisse la douleur de m’en…(pleurs) de m’entendre les dire…!

Alors je dirai juste…et j’avancerai dans mon texte…je n’ai jamais raconté cette histoire à personne avant ce soir…ni à ma famille, ni à mon compagnon…à personne. Mais les suicides nombreux dans les jours récents m’ont tellement touché, et m’ont déchiré le coeur.


Et même s’il pouvait y avoir des répercussions politiques pour moi en racontant mon histoire, cette histoire n’est pas pour les adultes qui décideront de me soutenir ou pas. Cette histoire est pour les jeunes gens qui tiennent peut être une arme dans leur main ce soir..ou une corde, ou des pilules. Il vous faut savoir que l’histoire ne finit pas là où je l’ai (pas…) raconté, sur ce jour malheureux. Il y a tellement, tellement plus. Oui le lycée fut difficile, le coming out fut douloureux, mais ma vie s’est tellement améliorée! Et je veux dire à tout ado qui a une chance de voir ce discours…donne toi la chance de voir à quel point la vie va VRAIMENT aller mieux. Et elle va s’améliorer.


Tu sortiras de cette maison où personne ne t’accepte. Tu en finiras avec ce lycée, et tu n’auras jamais besoin de revoir ces connards si tu ne le veux pas…tu trouveras et tu te feras de nouveaux amis qui te comprendront et la vie sera tellement, tellement meilleure"

Ceci  se passait au conseil municipal de Fort Worth (Texas), au mois d'octobre 2010 : le discours de Joël Burns, représentant de sa ville, homosexuel, et américain. Un homme, un vrai.






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