Les indiscutables
 
 Le titre est emprunté à une excellente brochure du CDDP de l'Oise (ou de l'Essonne ? Je vérifierai) vieille déjà d'une vingtaine d'années. Vous pouvez être sûrs de tous les auteurs qui suivent, et à peu près de tous leurs ouvrages. Je ne dis pas que vous ne trouverez pas ici ou là des albums plus faibles que les autres —mais même ceux-là sont à cent coudées au dessus de la production courante.



Le cacique : Claude Boujon
C'est le grand inventeur du détournement des contes et des mythes, qui aujourd'hui tourne un peu au procédé. L'œuvre de Boujon coïncide avec une période de la littérature jeunesse malheureusement révolue— celle de l'essort d'un genre qui n'était pas encore modelé par le marché. D'aucuns apprendront avec émotion qu'il a été le directeur de PIF à la grande époque… Tout est frais, drôle et intelligent chez Boujon : le dessin (pastiche du dessin enfantin ),  les chutes (vraiment imprévisibles),  les sentiments (pas de préchi-précha mais un vrai sens des valeurs), et les histoires, toutes très faciles à suivre. C'est l'auteur idéal pour le cycle 2, mais sans exclusive.
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Une affaire de famille : Olga Lecaye, Grégoire Solotareff, Nadja et L'Ecole des Loisirs
Olga Lecaye :
BallonLecaye
DidiBonbon

Dans cette surprenante famille, je demande…la mère ! Très étonnante aventure familiale, artistique et marchande, la maison d'édition de l'Ecole des Loisirs est aujourd'hui une institution. C'est, il faut l'avouer, un bon label — même si ce n'est pas toujours une garantie d'excellence. Originaire du Liban, parente du poète Georges Chéhadé, Olga Lecaye a débuté dans la carrière comme mère de famille soucieuse de distraire ses enfants : les contes qu'elle inventait sont devenus des albums, puis des classiques. Le premier atout est bien sûr le dessin : vaporeux, nuancé, avec un sens étonnant du clair-obscur (des ours et des loups à faire   frémir !). Allez donc voir la cape en toile d'araignée dans Elise la couturière…Le second est un subtil dosage entre tendresse, grâce — et horreur ou cruauté, alliage propre à structurer l'inconscient de l'enfant, comme nous l'a appris Bettelheim. Le loup très ambigu de Didi Bonbon, la sorcière Malvina devraient vous faire frissonner ! Enfin, on n'oublie pas une histoire ni un personnage d'Olga Lecaye : souris ou  lapins sont autant de héros fouillés et attachants auquel le jeune lecteur peut s'identifier. A consommer sans modération.
Grégoire Solotareff : 
Je demande…le fils ! C'est peut-être le plus doué des trois, sûrement le plus connu. Avec un peu d'habitude, on reconnaît immédiatement un dessin de Solotareff : grosse gouache qui rappelle un peu la palette de Chagall, personnages affligés toujours des même difformités (lapins aux oreilles immenses et raides comme des bambous, loup tassés à l'œil latéral, à l'égyptienne). Loulou fait désormais partie intégrante du panthéon de la littérature jeunesse — je vous recommande son adaptation en film d'animation, remarquable.
Solotareff, comme beaucoup de grands auteurs de littérature jeunesse, flirte avec les thèmes sensibles : adolescence délinquante dans  Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin, ambiguïté des rapports adulte/enfant dans Le Diable des rochers…Mais il le fait toujours avec intelligence, parfois avec profondeur. Un peu d'hyper-productivité due à la demande marchande… mais il est loin d'être le seul.
Loulou3Sorcières
DiableDesRochers
Nadja
Doigts
HorribleNadja

La star : Claude Ponti
Ponti est assurément un surdoué. Surdoué du dessin, de l'invention langagière, de l'intrigue — du commerce…Son enfance semble avoir été très sombre, ce qui jette sur son œuvre une ombre morbide. Il s'est lancé dans la production d'albums en prolongement, lui aussi, de sa vie de famille— son premier ouvrage, L'Album d'Adèle, a été écrit pour sa petite fille. Ouvrir un album de  Ponti revient toujours, quoiqu'on en ait, à perdre la maîtrise du  jeu : si prévenus et parfois irrités que nous soyons, nous voilà en train de compter les 120 petits de Pétronille, de savourer un jus de popotapomelo, ou de reparcourir 20 pages pour voir un doudou méchant rencontrer l'âme -sœur.
Comme dirait ma petite fille, Ponti est "trop" : trop raffiné, trop verbeux, trop intelligent, trop soucieux du détail. Comme beaucoup, je le critique, mais je ne peux m'en passer. Je recommande chaleureusement La tempête, incroyable reprise du mythe du déluge— et les adorables Tromboline et Foulbazar, sans le moindre soupçon de pessimisme.
Pour finir, je dirais que Ponti est un peu le Mhanncha (serpent), le gâteau des mariages marocains , décrit dans Les secrets de cuisine en terre marocaine, de Zette Guinaudeau-Franc : "couché, enroulé comme une couleuvre sur le plateau de métal anglais, craquant de pâte feuilletée, givré de sucre, ombré de cannelle. L'ayant goûté, vous le trouverez lourd, fadement parfumé, mais si fondant, si croustillant, que vous en mangerez jusqu'à écœurement. Frais ou réchauffé, mangé tiède, vous pouvez me croire, c'est un régal du paradis d'Allah…"
ArbreSansFin
Ponti2

L'hyper-réaliste : Yvan Pommaux 
Chatterton
Monstril
Un de mes grands chouchous…Influencé par la ligne claire (Tintin, Black et Mortimer), Yvan Pommaux  doit aussi beaucoup à la photographie (des années quarante et cinquante, me semble t-il) et au cinéma. Il n'a donc pas son pareil pour rendre présente une réalité, y compris disparue— et de ce fait, lorqu'il s'attaque au mythe , au rêve ou au fantastique, on s'y croirait ! Ce n'est pas toujours rassurant…Nous devons à Yvan Pommaux un des plus beaux détournements de contes de fée qui soit— les aventures de John Chatterton, le chat détective des années 30. Allez donc suivre la récolte muette des indices que le petit Chaperon Rouge enlevée laisse derrière elle dans les pages centrales de John Chatterton Détective. Vous en aurez le souffle coupé ! Pommaux reconstitue à la perfection l'époque des 30 glorieuses : Vero en Mai  est le texte le plus juste sur Mai 68 que j'aie jamais lu. Pommaux excelle aussi dans la bande dessinée (Angelot du Lac), ou dans les hybrides album/BD (Tout est calme, L'Ile du Monstril). C'est pour moi l'auteur type que l'on peut égrener tout le long des cycles 2 et 3 , pour  conserver le goût de l'album à l'âge où s'imposent de plus en plus les textes sans illustration. L'exploitation est facilitée par le recours toujours facile à la culture télévisuelle de l'élève.

Dernière minute : je viens de m'acheter son Orphée. Allez voir les arbres s'incliner devant le poète, Cerbère déployer ses trois têtes, et les Moires trancher les fils de l'existence…
L'onirique : Maurice Sendak

Max
CuisineDeNuit
Le rebelle : Tomi Ungerer

3brigands
Jeandelalune
Otto
Le truculent : Philippe Corentin

Zigomar
Plouf
Papa


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