Des sites et des blogs.





Canard

Je ne me donnerai pas le ridicule de présenter le Canard, qui n'est d'ailleurs ni un site, ni un blog. Mais l'aventure de ce journal satirique qui , depuis la guerre de 1914, continue à peu près sans interruption à faire danser de rage les tenants de l'autorité , mérite bien de servir d'emblème à cette page  — ne serait ce que pour son indépendance financière : le Canard permet de mesurer à quel point le fait de pouvoir se passer de publicité, pour un journal, rend libre.
J'aime presque tout dans le Canard : les caricatures (surtout Pétillon), La Mare aux Canards, les rubriques culturelles (la critique cinématographique, un peu moins…), les brèves en dernière page - et la révélation régulière de scandales dont tout citoyen se doit de s'indigner. On ne peut rien s'offrir, pour 1,20 euros, qui fasse plus rire, informe plus, réjouisse plus. Prendre régulièrement le Canard enchaîné ou s'abonner est une œuvre de salubrité publique. Je vous livre pour finir ici le souvenir d'un de mes plus grands fou rires, survenu en pleine rue à la lecture d'un des dessins de première page. On y voyait un enfant extatique et sussurant demander devant la crèche : "Pourquoi il est né dans une étable, le petit Jésus ?" et le maire de Paris d'alors, Jean Tibéri, lui répondre, toutes dents dehors : "Parce que ses parents ne connaissaient personne à la mairie de Bethléem…". 










MédiapartMédiapart Ce site qui est bien sûr tout sauf un site de ragots a progressivement pris pour moi la place du Monde comme quotidien de référence. Ce n'est pas un hasard : Edwy Plenel a créé Médiapart en 2007 avec la fine fleur des enquêteurs du Monde, qui apportent à ce site la qualité, depuis longtemps disparue,  du journal d'Hubert Beuve Méry. Médiapart est avant tout un site innovant du point de vue de la forme : un article  (quatre pages est généralement un minimum) allie  le texte, la vidéo, et les adresses web — et des documents  sont toujours disponibles  sous l'onglet Prolonger. La densité d'informations et de commentaires fait que l'article de presse écrite semble bien pauvre à côté. Je me souviens, dans le désordre, d'un papier décisif sur les retraites qui donnait la parole à l'économiste Thomas Picketty, d'une magnifique analyse sur de récentes élections britanniques, d'un reportage sur le dernier Aragon…sans parler de l'épopée Bettencourt. Osons le mot : il s'agit aussi d'un journalisme féroce — de la nécessaire et splendide férocité de l'Aurore, de Clemenceau. Faites grandir la communauté de Médiapart ! Faites vous une idée grâce aux  offres gratuites d'essai, puis allez y. Toute information de qualité aujourd'hui suppose un effort de son récepteur. Vous ne serez pas déçus.  
A la fois beaucoup plus modeste dans ses moyens et son ambition — et tout aussi nécessaire, Arrêt sur Images  a été créé en 2007 (quelle date, décidément…) à la suite du licenciement politique de Daniel Schneiderman de France  5. Une table, un décor minimaliste, quelques caméras, de (très) jeunes talents : cette émission hebdomadaire de décryptage des médias nous  donne la preuve (bien réjouissante pour  une vieille prof républicaine) qu'intellectuellement, on peut faire grande chère avec peu d'argent. L'austérité est telle que certains vendredis soirs, comme il nous faut baisser le son à cause des enfants qui dorment, il ne nous manque que quelques parasites pour croire  avoir affaire à Radio Londres !
ASI arrache  inlassablement des fragments de l'immense trompe-l'œil médiatique qui recouvre aujourd'hui toute réalité, pointant manipulations  et mensonges. Il a produit aussi de vrais joyaux : le face à face Mélenchon/Attali (dans un de ses jours marxistes…) est la plus belle émission politique que j'ai vue depuis des années. Découvrez le site : sa structure est très simple , et cliquer quotidiennement sur les Vite Dits est un bon antidote au discours dominant,  qui nous intoxique toujours plus que nous ne croyons.
Je garde de plus une grande reconnaissance à ASI d'avoir été le premier à accueillir Didier Porte viré de France Inter en juin 2010 (Mediapart a suivi).
Votre obole est peut-être encore plus nécessaire ici, car le site ne vit que des abonnements.

Arrêt sur Images
Arrêt sur Images
Jorion1
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La plus belle découverte intellectuelle de mon année 2009. Le blog de Paul Jorion est actuellement l'un des plus consultés des blogs économiques — succès explicable par le fait qu'il a  prédit  exactement le krach de 2008 et tous les soubresauts de la crise dans laquelle nous sommes encore plongés.  Le mot "économique" ne doit pas effrayer : nous sommes loin ici du brouet insipide et délirant qui, à grand renfort de courbes et à longueur de pages spécialisées, prétend prouver que le taux du tungstène et les mérites de la concurrence libre et non faussée rendent inévitable à terme la privatisation de l'Education nationale. Paul Jorion est un anthropologue de formation et un sociologue et un économiste et un historien — et un militant. Je vous parlerai de ses ouvrages L'argent mode d'emploi  (2009), et Le Prix  (2010)  dès que je les aurai digérés…
La très grande originalité de ce blog tient à son caractère artisanal et collectif. Artisanal,  mais comme la haute couture peut l'être : on n'est pas là au stade de l'observation critique ou de l'analyse, mais de la théorisation. Collectif, car quoique produite  principalement par Paul Jorion et un ou deux proches collaborateurs, la pensée qui se construit ici est la somme et la synthèse de toutes les interventions faites sur le site depuis 2007. Et intervient qui veut ! L'accès est totalement libre. Paul Jorion a travaillé longtemps aux Etats Unis dans la banque, et a perdu son emploi dans les débuts de la crise des subprimes. Il vit aujourd'hui de ses droits d'auteurs — et des dons que lui font les internautes, dont il tient mensuellement un compte scrupuleux. Vous serez conquis par ce foisonnement de références, d'aperçus, d'idées, d'idéaux…Commencez par écouter sa chronique hebdomandaire en vidéo, Le Temps qu'il fait. Puis savourez cette langue impeccable et concrète, très littéraire, et qui doit beaucoup au dix-huitième siècle. Le récit du licenciement, ou le refus de donner des conseils de placement à un internaute, au nom d'Aristote, sont des morceaux d'anthologie.
J'ai peut-être oublié de vous dire quel grand dessin poursuivait Paul Jorion  : penser la refondation totale du capitalisme. Allez y, il a besoin de vous…


Maître Eolas

Un grand chouchou…si Voltaire avait connu Internet, il en aurait fait l'usage d'Eolas, de la phrase assassine à l'affaire Calas. Avec l'économie, le juridique est la grande énigme de notre siècle commençant, celle dont dépendent nos libertés individuelles, et le sort des moins favorisés, parmi lesquels les migrants. Eolas est spécialiste de ce droit là. Il fait aussi des points inattaquables (malgré les efforts désespérés de multiples trolls) sur les grandes affaires qui occupent les médias, du fait divers sordide aux poursuites inopinées des grands de ce monde. Il faut avoir le courage d'aller au bout de ces magistrales mises au point, très pédagogiques et écrites dans un style alerte  : on en sort toujours, selon le mot pour une fois heureux d'un auteur dont je préfère oublier le nom, avec un coeur plus intelligent.


Maître Eolas


Eolas cultive un savoureux mystère autour de son identité. Avocat brillant et très recherché, marié à une espagnole, papa gâteau d'une petite fille, et catholique des plus ouverts. Malgré son rôle de consultant juridique de la France entière, ses nombreux passages à la radio, il réussit à maintenir cet anonymat, percé seulement par ses collègues qui lui gardent le secret. Sa culture est si étourdissante que je crois parfois à un collectif…Savourez ses tweets : du massacre à tronçonneuse du militant d'extrême droite Serge Ayoub, qui a eu la malencontreuse idée de relever le gant un jour — à un mot adorable, que je reconstitue à peu près : Eolas trouvait que les Dieux avaient cherché bien loin un supplice pour Sisyphe avec son rocher, alors que maintenir propre les lunettes d'un enfant suffisait largement…
Frédéric Lordon

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Les Economistes atterrés
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Roms Melikah Abdelmoumen





Conférence des Baptisés francophones Vatican II Catholiques progressistes


Minoritaire et alors ? Vatican II Catholiques progressistes


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