Souvenir d'Etiolles.

Voilà, cette fois, c'est fini. Une aventure de 40 ans ou presque …
Pour nous tous, Etiolles, c'est quarante ans de jeunesse. La nôtre, d'abord, lointaine, souvent, celle que nous avons vécue dans ces murs. Nous retrouvions dans nos pas plus lourds dans les grands escaliers ceux, plus vifs, qui nous faisaient grimper et descendre les quatre étages sans le secours d'un ascenseur capricieux, car il avait vu l'Union de la gauche… Nous allions et venions rassurés dans ces vieux murs, sous cette grande peau de pierre plus tannée et fendillée que la nôtre, et sous laquelle pourtant continuait à courir la vie. Chaque rentrée a été à Etiolles un moment, au moins fugitif, de bonheur. Dans un lieu de formation et d'éducation, malgré le désenchantement ou la colère, septembre a toujours le goût délicieux du recommencement…nous sommes des Sisyphes heureux.
Etiolles, c'est aussi quarante ans de jeunesses, celles de nos étudiants. Rare privilège que de côtoyer des êtres dans la parenthèse enchantée qui sépare la fin de l'adolescence du début de la vie adulte intégrée, salariée, rangée …Jeunesse des grands gaillards penauds, qui attendaient dans le couloir de se faire engueuler par la directrice pour avoir truqué la feuille de présence (avec des profs de maths ! Les andouilles!) ; jeunesse des couples qui se faisaient, se défaisaient, se refaisaient…quarante ans de bisous dans les coins — et Dieu sait qu'il y en avait des recoins à Etiolles ; je crois qu'ils les ont tous testés ! Et tous ces bébés conçus sitôt le concours obtenu et qu'on nous apportait aux beaux jours, comme des petits mousserons de printemps …
Jeunesse de stagiaires qui après des mois de moues dégoûtées et de propos désagréables se précipitaient vers vous, débordant de reconnaissance, parce que dans la maternelle dont ils avaient la charge, un petit autiste s'était mis à parler ; l'étudiante était si bouleversée d'enthousiasme que je n'ai pu réussir à lui dire que je n'avais rien pu lui conseiller, puisqu'elle ne m'avait jamais rien demandé…
Quarante ans de « Madame-(Monsieur…)-il-fait-beau-si-on-faisait-cours-sur-la-pelouse ? ». Je cédais en juin, et entre le château et le ru des Hauldres, je dissertais (brillamment) sur la pédagogie par cycles ou l'observation réfléchie de la langue devant des étudiants assis en rond autour de moi, dans un silence religieux . Et totalement inattentif. Ces grands lecteurs de La Hulotte cherchaient à localiser à l'oreille le pic, le coucou ou la sittelle…
Jeunesse des professeurs aussi, le nombre des années ne faisant rien à l'affaire…jeunesse de Daniel -Jean Jay, l'historien, trop tôt disparu, qui signait ses cartes postales  Oscar Magnole  ou Ferdinand Buisson II, et représentait, en tableaux vivants, le passage des Alpes par Hannibal avec les étudiants déguisés en éléphants… jeunesse de notre chère Monique Alezra si douée pour l'imitation des séances d'analyse de pratique didactique que je n'arrivais plus à finir mon déjeuner…
Jeunesse militante aussi ; c'était chaud, Etiolles ! Je revois l'un des plus engagés d'entre nous (chacun le reconnaîtra aisément) qui au cours d'AG houleuses laissait parfois son regard flotter, tandis qu'un mystérieux sourire rejoignait ses lèvres…on aurait dit qu'il contemplait une apparition de Louise Michel. En retard à une réunion, j'apprenais des copains, hilares : « Jean est au bloc ! Il n'a pu s'empêcher d'aller féliciter les lycéens en lutte, et s'est fait embarquer avec eux ! » Oui, Jean, toi, tu n'as jamais cessé d'avoir cet âge-là…
Jeunesse de nos plasticiens, aussi, au mieux avec l'avant-garde parisienne, qui nous gratifiait de happenings surprenants. Je me souviens d'un gigantesque bocal pendu au plafond et animé d'un mouvement pendulaire qui imprimait des vagues extraordinaires au contenu, un épais liquide violet…le truc a fui, et nous avons mis des semaines à nous débarrasser d'un enduit dégueulasse, qui collait aux semelles. Et la fois où l'établissement s'est rempli de ready mades sur le thème des WC, bluffants de réalisme…nous n'osions plus faire pipi nulle part, crainte de baptiser une oeuvre…
Jeunesse, jeunesses…naïveté. Naïveté des fresques et des dessins, des idéaux et des exigences, des projets, des illusions, des espérances …fraîcheur des textes et des refrains d'enfance, entre des murs si vieux …
Etiolles.



Saulchoir Etiolles IUFM
          
Visite guidée

Pour commencer la visite, je vous recommande de prendre tout d'abord connaissance de L'histoire d'Etiolles grâce au beau texte de notre collègue d'histoire Michel Caillard. J'ai aussi conservé la mémoire de nos luttes, et de celle de nos étudiants. Comme disait Nicholson, dans Vol au dessus d'un nid de coucou, "Moi, j'aurais essayé ! Bordel de merde ! J'aurais essayé!"…

Erudit et amoureux du Saulchoir, Jean-Pierre Leguennec nous a permis de reconstituer l'époque monastique; il nous a donné de précieux renseignements sur Le couvent d'Etiolles, et La Bibliothèque du Saulchoir.

Les diaporamas :


Petit mode d'emploi : chaque titre vous emmène sur une page illustrée d'une photo. Cliquez dessus : vous pourrez visionner un diaporama. Si votre ordinateur vous le permet, allez, sur Dailymotion, jusqu'à la définition 720 (HD) : c'est beaucoup plus net.


 Jean Pierre Leguennec nous a fourni les magnifiques photos de la construction du Saulchoir d'Etiolles, qui donnent aussi un aperçu de la vie des religieux. Vous pourrez feuilleter ensuite notre vieil album souvenir, Etiolles jadis et naguère.

Essentiellement grâce à Valérie Boursier, notre bibliothécaire et photographe (soi disant !) amateur, nous pouvons conserver au moins la mémoire de ce lieu qui va disparaître.

Etiolles, pour le visiteur comme pour nous qui y avons travaillé tant d'années, c'était d'abord un environnement extraordinaire, un parc. Nous n'avons dans la boîte que  trois saisons sur les quatre : en automne dernier, encore, le départ n'était pas à l'ordre du jour… Commencez par l'hiver, mélancolique, mais qui allait si bien à notre vieux bâtiment : Jour de neige à Etiolles, ou La neige qui danse. Vous goûterez mieux ensuite l'éclosion du printemps avec Revécy venir du printans…, puis notre Jardin féérique, qui retrace l'histoire douloureuse pour nous du départ d'Alexandre Saintot;  et enfin Eaux mortes, eaux vives.
Nous étions moins présents l'été, mais Valérie a pris quelques clichés chaleureux à la fin du mois de juin : Dernier été.

Etiolles, c'est aussi (l'histoire vous l'a appris) deux bâtiments combinés : Le château et Le monastère des années 30.

Pénétrez ensuite à l'intérieur : vous retrouverez nos principaux lieux de vie et de travail; La bibliothèque, que nous espérions conserver intacte… La salle d'art plastique, La salle de technologie, et surtout l'endroit où nous avons connu nos plus grandes joies : Le réfectoire.

Etiolles, c'était aussi ses fresques et vitraux; et là nous devons un remerciement et un hommage tout particulier à notre cher Patrick Leterme, qui prend sa retraite au moment même où nous fermons. Sur la page que je lui consacre, vous verrez Le couloir des sciences, ses Vitres et vitraux, ses Fresques et dessins.

Valérie n'a pas seulement photographié les lieux de beauté, mais tous les endroits sans caractère ni intérêt esthétique, riches pour nous seulement de tant de souvenirs, tous les lieux (ou presque, il y en avait tant) de notre quotidien. Je les ai réunis dans ce petit montage : Juste pour nous.

Enfin, nous avons eu notre cérémonie des adieux…elle a été merveilleusement filmée par des amis dont on dirait qu'ils ont passé 25 ans à Etiolles.
Merci à eux pour avoir ainsi restitué l'atmosphère de notre établissement, mis en valeur les visages, et si bien intégré les photos de Valérie Boursier. Pour une meilleure qualité d'image encore, je vous conseille de vous graver un DVD avec celui que vous prêtera Véronique Dufeux, au secrétariat.
Vous pouvez donc visionner ici Les RetrouvaillesLes Happenings, L'Hommage à Patrick Leterme, Les Spectacles, Le Dernier Repas, et Les Derniers Feux.

Et, moment particulièrement important pour nous tous, l'histoire d'Etiolles, racontées par nos collègues émérites Michel Caillard et Jacques Longuet : Notre Histoire.

Vous pouvez également assister à un de nos Midis d'Etiolles, suivi d'ailleurs d'un Midi d'ESPE — et contempler quelques Visages d'Etiolles.
                                                                                                                                                 

Retour à l'accueil