Le stage de janvier


Quelques conseils pour votre stage en responsabilité


Je vais essayer de sélectionner les conseils les plus utiles à la survie d'un jeune professeur, quitte à plonger dans l'accablement quelques collègues rigoureux.
Le commandement essentiel est le suivant : considérez ce métier comme un métier, et non comme un sacerdoce ou comme la quête du Graal. Rejetez tout ce qui suppose de se coucher à 4 heures  du matin, de sauter des repas, de sacrifier toute vie familiale et sociale. D'abord parce que vous ne tiendrez pas  — même pas trois semaines , ensuite parce que vous avez en face de vous des enfants, c'est à dire de vraies petites éponges psychiques. Si vous arrivez devant eux épuisés, vous ne pourrez leur commniquer que votre angoisse et votre désarroi. Le meilleur service que vous puissiez leur rendre, c'est de faire une séance simplement honorable dans une forme correcte. Pour cela

A quel rythme travailler ?


Il faut préparer, ce n'est pas moi qui prétendrai le contraire. Ecrire a la vertu incomparable de graver dans l'esprit ce que l'on veut transmettre. Tout vieux professeur vous dira que la meilleure des préparations est celle qu'on laisse sur le bureau pour improviser tout autre chose; mais si on n'avait rien écrit, on serait  bien incapable d'improviser. C'est mystérieux, mais très vrai. Pour vous qui n'en êtes pas à improviser, une préparation s'impose pour chaque séance — et c'est là que le vertige vous prend ! Si  vous consacrez deux heures à chaque séance, vous êtes mort ! Sans compter qu'une séance peut être trop préparée : surinvestie, rigide, ennuyeuse… Je crois que faire une fiche  de  préparation fouillée, selon les modèles qu'on vous a donnés, en 3/4 d'heure ou une heure doit valoir pour une ou deux séances par jour. Prenez soin de faire bénéficier l'ensemble des disciplines de cette préparation. Et le reste du temps, adoptez la préparation éclair selon le modèle, conçu dans ma chère école Pablo Picasso de Corbeil-Essonnes, que je vous mets en ligne ici. Cela prend 10 minutes, et vous êtes sûrs de penser à l'essentiel. N'oubliez pas à chaud le petit bilan qui vous fera grandement progresser d'une fois sur l'autre.
Il n'est pas mauvais de consacrer les deux premiers jours de votre stage à l'observation, l'évaluation et la prise en main de votre classe. Votre énergie doit donc être davantage consacrée à ces tâches qu'aux fiches de préparation. C'est le  mercredi de la première semaine que vous pourrez élaborer les fiches de préparation  jusqu'au mercredi suivant, et mettre en place votre projet, que vous lancerez jeudi matin. Vous risquez ainsi beaucoup moins l''explosion en plein vol, parce que vous connaîtrez vos élèves, ainsi que votre salle, votre école et ses ressources. Les préparations du mercredi doivent être le fond de tarte qui vous permettra de ne vous occuper le reste de la semaine que de l'amélioration des garnitures — c'est à dire au perfectionnement d'une séance, à l'exploitation d'une idée nouvelle, à la solution de problèmes inédits. Les débutants n'arrivent pas toujours à boucler ce travail dans le seul mercredi; dans ce cas, essayez de garder au moins un des deux jours du week-end pour vous, et de le consacrer à autre chose qu'à l'école. Cette coupure est nécessaire.
Un dernier point : si vous le pouvez, arrivez le matin avec une demi-heure d'avance, et retardez votre départ d'une demi-heure aussi. Pas par masochisme : préparer votre tableau vous donnera beaucoup de confort, et vous permettra d'acquérir plus rapidement une belle calligraphie à la craie. L'exploration de la salle de classe vous donnera de nouvelles idées. Vous pourrez aussi tester des dispositions de meubles plus rationnelles, enrichir et aménager la bibliothèque de classe, que sais-je…

Comment maintenir l'ordre  ?

Qui suis-je, grand Dieu, pour vous apporter  ce genre de réponses ? Nombre de sections qui m'ont affectueusement martyrisée doivent être pliées en deux en me lisant. Mais j'ai tout de même quelques tuyaux qui permettent de survivre — c'est une de mes grandes spécialités. Règle d'or : si vous connaissez quelques échecs, surtout ne dramatisez pas ; 80 % des professeurs, expérimentés ou non, sont ou ont été dans le même cas que vous. Et les 20 % restants mentent.
Il convient avant tout de distinguer la maternelle de l'élémentaire. La discipline en maternelle suppose que l'on élève la voix le moins possible (cela électrise les enfants), que l'on tolère (surtout pour les tout-petits) des sorties du groupe ou de l'activité, que l'on accepte des moments de bourdonnement (pas des cris), et que l'effervescence momentanée soit réglée par quelques comptines affectées à cet usage — elles sont faciles à télécharger sur le Web. Un hamster ou un cochon d'Inde sont un atout extraordinaire, car on peut exiger le silence pour eux (le premier a des tendances cardiaques…). Mais c'est beaucoup de tintouin pour des débutants. Prenez donc une marotte (petite marionnette à main) qui n'acceptera de sortir de son panier que dans le calme, qui vous aidera à passer les consignes, qui vous aidera à lire les histoires à deux voix… Excellent retour sur investissement. Allumer une petite bougie parfumée au moment de la lecture du conte peut aussi avoir un effet merveilleux — à condition que ça ne se finisse pas en incendie. Un grand énervement peut être calmé en éteignant puis en rallumant 30 secondes la lumière. Usez enfin de moments musicaux écoutés en silence  — et choisissez plutôt de la grande musique que du New Age que je trouve personnellement fort laid et assez crispant. Alors que Mozart est apprécié même par les vaches à qui il fait donner plus de lait.
Le grand secret d'une  discipline relative est d'occuper les enfants. Pour cela, il faut que vos ateliers donnent suffisamment de grain à moudre (c'est à tester et à adapter), que les enfants sachent ce qu'ils ont à faire, pourquoi ils ont à le faire, et comment il pourront savoir s'ils ont réussi ou non. Mais il y a toujours quelques rapides qui viennent vous tirer par la jupe ou le pantalon pour vous demander quoi faire à présent qu'ils ont fini. La meilleure des solutions est de leur proposer d'effectuer un autre atelier à leur choix. Pour cela, songez à préparer non pas 7 supports pour sept élèves, mais 10. Vous ne serez pas pris au dépourvu; et ne culpabilisez jamais devant la répétition d'une activité : c'est bon pour l'assimilation, la consolidation, votre tranquillité, les enfants prennent confiance en eux…bref, que du bonheur ! Autre ressource : procurez-vous deux ou trois petits lecteurs MP3 (ou 4 ?) avec les mini-casques à oreillettes. Enregistrez dessus des contes lus, avec albums correspondants ; là non plus, ne craignez pas les redites.
Pour l'élémentaire, l'atmosphère est assez différente. Vous avez deux jours pour réaliser ce que tous les maîtres  font tous les ans en un mois : la prise en main de la classe. Deux jours de serrage de vis absolu, qu'on assouplit très progressivement ensuite. Pas d'exception à cette règle de fer : tous les ans, de charmantes  petites étudiantes m'avouent avec bonne humeur ne pas avoir suivi mon conseil  parce qu'" elles voulaient voir par elles-mêmes". Elles ont vu. Ne croyez pas pour autant qu'un début houleux soit irrattrapable — rien n'est irrattrapable; mais vous n'avez pas besoin de vous infliger cela. Un autre secret : apprendre à se taire par moments (oui, c'est moi  qui dit ça…). Repérez les moments où c'est vous qui parlez : la consigne, en exigeant un silence absolu, les bras croisés ou les mains posées sur la table, en contrôlant strictement les reformulations (5-6 minutes). Puis, en dehors des séances supposant débat ou construction collective, vous devez mettre vos élèves en recherche en renonçant à occuper l'espace sonore. Les enfants vont bruiter, de plus en plus, jusqu'à atteindre ce qui pour vous constitue le seuil de l'inacceptable (variable pour chacun dans de certaines limites…). Là, vous intervenez, pour un retour au silence  complet. Puis les enfants vont recommencer… même jeu — jusqu'à ce que (entre 2 et 3 fois) le moment soit venu du travail en commun. Votre dépense vocale sera donc d'un passage de consigne, de deux ou trois coups de gueule (décents) et d'une mise en commun. Ainsi, vous vous économisez. Voyez le déroulement de séance comme nous l'avons décortiqué en préparation de stage téléchargeable ici.
Apprenez  à le faire aussi au cours de la journée : veillez toujours à ce qu'une séance à dominante d'oral soit suivie par une séance d'écrit, la providence des professeurs de tous niveaux. C'est bon pour les élèves, et vous, vous soufflez. De même pour les punitions : veillez à ne pas vous punir vous-mêmes. Pas de suppression de récréation : d'abord c'est illégal, ensuite c'est épuisant car vous devez surveiller. En plus, c'est inutile : amputer de trois minutes la récré est tout aussi efficace. Pour un enfant, c'est l'éternité.






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